« Oh, ça me fait penser à ça ! » « Oh, on dirait ça ! » « Oh, ça ressemble à ça ! »…
On a tous entendus, dépités et navrés, ces réflexions devant des peintures abstraites, même, voire pas tellement abstraites.
Des petites phrases énervantes, comme des moustiques un soir d’été, pour les artistes que nous sommes, capables du détachement de la représentation érigé en art de posséder l’Art (avec un grand A, notez-le).
« Quoi ! Ces gueux sont incapables d’apprécier uniquement les formes ou les couleurs ! », grognons-nous, le sourcil froncé et l’oeil pas très gentil, comme si ne rien reconnaître dans des formes plus ou moins abstraites était le summun de l’appréciation honorable de l’art de fabriquer des images.
Moi aussi, je me suis énervée, oh, très peu, à la vérité.
Car, comme tant d’autres, je suis une grande « victime » de la paréidolie.
Tout le monde n’y est pas sujet. C’est comme l’immunité aux virus. Tout le monde ne la possède pas.
Eh oui, il faut de l’imagination, une faculté de reconstruction de la réalité et, c’est contre intuitif, une capacité d’abstraction pour extirper du mutisme des murs, des nuages ou des peintures, paysages, objets et figures.
Et voilà que, dans mon nouveau travail, je donne prise à ces réflexions considérées comme naïves. Je donne corps à cette réalité chantournée au gré des aspérités et entrelacs. Je l’affirme. Je la convoque.
N’oublions pas les réflexions du grand Léonard, et sa capacité à voir des batailles sur les murs de pierres.
Maintenant, je suis la première à prononcer les réflexions honnies devant mes peintures à l’huile à la cire froide. Je vais fouiller dans la matière, je triture, je malaxe, j’étale et fonds, à la recherche de la réalité dans les formes et couleurs inanimées offerte, souvent cachée, sur le papier. Et quand je l’ai trouvée, je donne le coup de pouce réjouissant qui déclenche le « Oh, on dirait que. »
Je vais donc attacher une importance au titre de l’oeuvre. Il sera l’exclamation confirmée. Car, dans ce nouvel univers vertigineux sous mes pieds comme une poche d’ombre et de lumière au fond d’un ravin, mes mots doivent sans faute aiguiller le regard, quêter son approbation. L’équilibre est précaire.
Intérieur ou extérieur nuit, comme au cinéma, cette série de scènes nocturnes, où l’image fuyante et écrasante est cadrée sur l’écran de nos nuits noires, est arrivée comme par hasard. Sans rien chercher, juste en faisant. En un clin d’oeil.
Et, au détour d’une exposition prochaine de ces oeuvres sur papier, j’espère entendre les : « Oh, on dirait ça, ou ça ! ». Si mon oreille surprend des humains à prononcer ces mots, je saurais que j’aurais réussi tenir ce projet, sur le fil. A contrecourant de l’univers pictural élitiste, j’aurais tiré du rien le tout.