Textes

Fonds marins

LES POISCAILLES

« Poisson » est un mot trop élégant pour désigner la réalité de ces chairs-là. Je préfère le vulgaire « poiscailles », sans noblesse, comme un gros mot qui fait rougir. Les poiscailles : la pêche au filet, ça grouille, le mucus gluant sur les écailles d’argent, eau salée, froide, mouvements vifs,  vif-argent, corps déliés, rapides, vifs, vivants, grouillants. La pêche au vif. Du vivant capturé pour être mangé. Blessures.

La curée des poissons quand ils sont chasseurs/prédateurs, qu’ils s’acharnent sur d’autres espèces et les dévorent. Alors, ça saigne dans l’eau, le sang se dilue. L’eau devient glauque des débris de chair, d’organes, et de contenu d’intestins. Et toujours la lumière du jour, affaiblie, qui diffuse dans les strates d’eau.

Mes poiscailles parlent de vie et de mort, de manger ou d’être mangé. Mais aussi de fonds marins, d’océans, la vie qui grouille dans les coraux, les algues accrochées aux récifs des grottes sous-marines. Les bleus, les verts, les argents, les rouges les ocres, les oranges et les jaunes. Et les bruns sombres ou clairs, mangés de vert. La lumière du soleil filtrée par les eaux, changeante, miroitante, qui fait scintiller le plancton.

Le tout traité en couleurs transparentes, en riches glacis, couches colorées transparentes, l’acrylique entre le vitrail et l’aquarelle, en profondeurs. Richesse des matières.

Les poiscailles se regardent aussi (surtout) le nez dessus, pour plonger dans la matière, toujours aussi riche à mesure qu’on réduit le champ visuel, les gros plans comme des œuvres en elles-mêmes. Riches de tous ces glacis.

Mon travail actuel porte sur les techniques transparentes.  Je peins avec de nombreuses couches de glacis. Les couleurs transparentes, permettent d’obtenir des  mélanges colorés optiques qui donnent une grande richesse de nuances , des profondeurs de tons inégalées et impossibles à avoir avec de simples mélanges de couleurs. Je réserve les couleurs opaques pour les dessous, ou pour donner un éclat de lumière, un effet particulier.

PAYSAGES

Horizons,sous-bois, de l’abstraction à la figuration, de la nuit au jour, de la couleur au noir et blanc. Avec un appétit de techniques qui engendre des séries fort différentes.

Une cartographie intimiste, qui parfois laisse le champ large à l’imagination, et qui ouvre paradoxalement sur l’immensité.

Le vaste sujet « paysageS » ouvre encore plus le champ exploratoire des envies. Il fait plonger véritablement au coeur de soi-même. Le paysage nous met face à nos propres réalités, face à nos êtres profonds. Il touche, quelque part, à l’âme… Le paysage, comme je l’entends, n’est pas (ou plus) juste une représentation ou une interprétation de la réalité. Il est plutôt un voyage spirituel, voir mystique…

Ombre et lumière, Immensité, infini…

 

HORIZON

A travers l’importance du ciel, la permanence de la ligne d’horizon, je donne corps à des évocations de ce qu’est, pour moi, le paysage.

Je regarde juste comment tourne un nuage, comment vis la ligne d’horizon. Fruit de mon imaginaire, à peine d’après-nature, la réalité m’inspire mais je ne la reproduis pas.

Ces paysages, au traitement minimaliste parfois, sont évidemment des paysages intérieurs. J’y parle plus de moi que dans une représentation purement figurative.

Le paysage, comme je l’entends : en équilibre sur une fragile frontière entre abstraction et réalité,  est ce qui a le plus à voir avec l’humanité car il donne à voir le rêve.

 

LES FORÊTS

Exploration de sensations, de lumières, de couleurs, comme une vision d’animal, non descriptive, mais paradoxalement chargée de toutes sortes d’émotions,  humaines ou non.

Je cherche à retranscrire les sensations colorées et lumineuses quand on est sous les ramures, dans les sous-bois, l’oppression du fouillis plastique des entrelacs des branches.

Et puis la lumière, au loin, au-delà, juste solaire ou peut-être cataclysmique. « Inquiétante étrangeté ».

Peut-être, la forêt comme refuge après un désastre ?

Le mystère des grands bois sombres, avec ses sorcières, ou bien la vision surexposée d’un insecte dans la chaleur de l’été, ou d’un petit lapin qui voit arriver l’incendie.

Foisonnement de sensations, du bonheur à la terreur. Les forêts.

 

LES PAYSAGES NOCTURNES

La campagne, la nuit, près des villes, dans la lueur orangée des lampes au sodium.

Des arbres fantomatiques, des horizons de bosquets ou de forêts en découpe devant cette clarté.

Et aussi, ces paysages indistincts, floutés par la vitesse, qu’on voit par les fenêtres des voitures quand on roule, la nuit.

A notre époque, dans notre monde, il y a rarement de vraies nuits. Haies, bosquets et champs se confondent dans une pénombre gris brun sombre qui fait désormais nos nuits. Comment rendre une non-couleur ?

Aux horizons, les lueurs beige orangé ponctuelles des villages épars. Sont-elles seulement celles des lumières artificielles des lampes des paisibles villages endormis, ou bien celles d’incendies ?

Mystère calme ou drame violent ? Est-ce la paix ou la guerre ?

 

AUBES GLACEES
Aube glacée. Les jaunes, roses, bleus tendres, et les arbres, rendus gris de brume dans les champ où il a gelé blanc…